Staring Into the Abyss
“Il m’a mal baisée”, elle a dit. “Il me baise mal”. C’est à qui sera la plus mal baisée. La femme peut sainement faire état de sa non-satisfaction sexuelle sans craindre pour son narcissisme, car dans une relation sexuelle normale (aussi qualifiée d’hétérosexuelle) la responsabilité de la jouissance du couple (étant entendu qu’une relation sexuelle normale implique uniquement deux partenaires) est laissée à l’élément masculin. L’évaluation du résultat est quant à lui dévolu à la personne privée de pénis, pénis physique tout du moins. Il est ainsi interdit à l’homme de se plaindre, de se plaindre d’avoir été mal baisé, sans quoi il régresserait  en se féminisant. Il laisserait à la femme le soin de conduire la jouissance, et la doterait alors symboliquement du phallus qui faisait défaut à sa mère, faisant de lui un enfant  incapable d’élaborer “la position dépressive et celle de la découverte de l’altérité”. L’homme mal baisé, celui qui le dit, qui le pense, et donc qui le vit, passe alors du statut d’homme, puis de femme à celui d’enfant. Stade qu’il n’aurait supposément jamais quitté. On voit alors toute la pression que l’homme en érection subit lorsqu’il baise, sans cesse en équilibre au bord du gouffre de l’enfance. La femme étant, par sa position passive d’observatrice, de mère-juge, celle qui le renverra, ou non, dans l’arrière-monde de son enfance.

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Qui, dites-moi, n’est esclave ?

  • Moby Dick, Herman Melville

testing out the new camera.. J’ai téléphoné à cette fille. On a parlé, un moment, on a dit des mots. Finalement elle m’a trouvé absent et je lui ai avoué que je me branlais. J’étais nu, allongé sur mon lit rouge, et je me touchais,  mais au téléphone, dans ma main gauche, je parlais d’autre chose, je lui répondais. Elle a été surprise, car ça ne faisait pas bruit. Je n’ai pas compris. Non ça ne faisait pas de bruit, je ne faisais pas de bruit. Dans les films, elle a dit, ils font du bruit: ils gémissent, ils sont là, ils aiment ça, il faut l’entendre. Elle m’a demandé d’en faire, du bruit. Je ne pouvais pas, faire semblant. Elle était triste car j’étais distrait, elle ne participait pas et n’était témoin de rien. Tout se passait sans elle. Ca n’était pas vrai, elle était là, avec moi, deux fois. Même si tu étais à côté tu n’entendrais rien, car il n’y a pas de bruit. Je ne fais pas de bruit. Elle voulait vérifier, que je mette le téléphone à côté, qu’elle entende, un petit quelque chose au moins. Je l’ai fait, elle n’a rien entendu. Elle n’a rien entendu parce qu’il n’y avait rien. Alors je me suis assis sur le rebord de mon lit, j’ai mis de la salive sur ma main et j’ai repris, pour faire du bruit. Tu vas vite, elle dit. Oui, je vais bientôt terminer. Elle a parlé d’autre chose, de ce qu’elle voyait à la télévision. Je n’y tenais plus, c’était la fin de la course. J’en avais sur la main, sur le ventre, je me suis rallongé. Elle a du cesser d’entendre le bruit, mais elle a attendu avant de me demander si j’avais fini. Oui, il faut que j’aille à la salle de bain. Prends une photo. Non je ne peux pas, je devrais descendre, pas comme ça. Prends en. Non.

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Paludes ? commençai-je aussitôt – Monsieur, c’est l’histoire des animaux vivant dans les cavernes ténébreuses, et qui perdent la vue à force de ne pas s’en servir.

Paludes, André Gide